Dans la nuit du 16 au 17 octobre 1791, une soixantaine de prisonniers furent massacrés dans les anciennes prisons du Palais des Papes d’Avignon. Cet article s’appuie principalement sur la relation qu’en fait Wikipédia.
Avignon et le Comtat rattachés à la France
La cité papale, gouvernée par le vice-légat au nom de la Papauté, demeurait alors la seule enclave souveraine étrangère dans le territoire français. En dépit des réticences des députés à annexer Avignon et le Comtat Venaissin, les « patriotes » d’Avignon et du Comtat s’étaient rassemblés à Bédarrides le 18 août 1791 et, dans l’église Saint-Laurent, avaient voté leur rattachement à la France à une forte majorité : le décompte des mandats s’était élevé à 101 046 voix favorables sur un total de 152 919.
Le dimanche 21 août 1791, la maison commune d’Avignon fut attaquée. Le colonel Duprat, qui dirigeait la Garde nationale, prit possession des lieux. Ce coup d’État municipal se conclut par la mise en place d’une nouvelle administration provisoire où le notaire Nicolas Lescuyer assuma la charge de secrétaire-greffier. Le 14 septembre 1791, mise devant le fait accompli, la Constituante proclama que les États d’Avignon et du Comtat faisaient désormais « partie intégrante de l’Empire français ».
Une ville sous tension
En cette année 1791 avait sévi une grande sécheresse. Les vivres étaient rares et le mécontentement grand. Pour faire face, la municipalité décida de faire fondre les cloches afin de se procurer du numéraire et de n’en laisser qu’une seule par paroisse. La richesse des biens de l’Église à Avignon était telle qu’il sembla logique aux « patriotes » de récupérer, dans les églises paroissiales, les couvents et les chapelles, l’or et l’argent des objets de culte.
Les bruits coururent qu’un grand coffre d’argenterie avait été aperçu en partance de la ville. Puis, d’un grand coffre, ce furent rapidement dix-huit malles. Il n’en fallut pas plus pour déclencher l’ire des partisans du maintien de l’État pontifical. Le 16 octobre 1791, ils firent placarder dans la ville une affiche dénonçant le dépouillement des églises et la confiscation des cloches au nom de la « nouvelle patrie ». Il y était écrit que les « patriotes » s’étaient, de plus, emparés de cent mille francs d’argenterie au Mont-de-Piété.
Les papistes décidèrent alors de prendre les portes de la ville afin d’empêcher les « voleurs » de sortir. Ce fut fait au matin du dimanche et les clefs furent confisquées.
La mort de Nicolas Lescuyer
Les « papistes » voulant qu’on leur rende des comptes, Lescuyer, en tant que secrétaire-greffier de la commune, fut dépêché au couvent des Cordeliers. Il monta en chaire pour essayer d’être entendu, puis, pris à partie, en fut extrait et alla se cogner au pied d’une statue de la Vierge.
Il se releva et tenta alors de fuir par une porte qu’on venait de lui montrer mais, avant de l’atteindre, il reçut un violent coup de bâton qui le fit s’effondrer au pied de l’autel. Après sa mort, la décision fut prise d’arrêter tous ceux qui étaient soupçonnés, de près ou de loin, d’avoir pu tremper dans cet assassinat ou d’en avoir été les complices.
La nuit du massacre
Dans la nuit, tous les suspects — au nombre de soixante — avaient été incarcérés dans les anciennes prisons du Palais des Papes sur ordre de Jourdan, commandant du fort. Le fils de Lescuyer, alors âgé de seize ans, se présenta en compagnie d’un groupe de compagnons, réclama vengeance et le droit d’exécuter lui-même les assassins de son père.
Le massacre commença avec l’accord de Jourdan, puisque celui-ci n’intervint aucunement pour empêcher la tuerie et quitta les lieux. Les emprisonnés furent sortis de leurs cellules et exécutés. Les exécuteurs n’étaient pas de vrais bourreaux et n’avaient donc aucune habileté particulière à abréger les souffrances de leurs victimes.
Cette absence d’ordre augmenta le nombre des victimes puisque furent aussi massacrés d’autres prisonniers arrêtés avant l’assassinat de Lescuyer, le 21 août 1791.
La tour de la Glacière
Face à l’amoncellement des cadavres, il fallut dégager le terrain. Une ouverture fut pratiquée dans la tour de la Glacière afin de jeter les corps dans cette fosse. Les cadavres furent ensuite recouverts de chaux vive sur ordre personnel de Jourdan.
Les suites du massacre
La municipalité voulut faire des obsèques officielles et grandioses à Nicolas Lescuyer. Dans l’après-midi du 17 octobre, une cérémonie religieuse se déroula dans l’église même des Cordeliers et un cortège se déploya dans les rues d’Avignon pour l’accompagner au cimetière Saint-Roch, où il fut inhumé.
Deux jours plus tard, l’Assemblée générale des citoyens actifs décida que l’église des Cordeliers serait désormais fermée au culte et son clocher démoli. Celui-ci fut amputé de sa flèche et de son tambour, mais la démolition s’arrêta là.
Un mois plus tard, la municipalité ordonna l’ouverture d’une brèche au bas de la tour de la Glacière afin de retirer les restes des soixante cadavres qui s’y trouvaient. L’exhumation eut lieu du 14 au 16 novembre. Le lendemain, vingt caisses furent remplies et convoyées vers le cimetière Saint-Roch sous une pluie battante.
Un épisode à part dans la Révolution
Pour les historiens de la Révolution, cet épisode est impossible à intégrer dans l’enchaînement de ceux qui allaient se dérouler sur le plan national. En France, les premiers massacres eurent lieu en septembre 1792. Cette affaire avignonnaise n’est donc pas à interpréter comme la première manifestation de la Terreur, mais plutôt comme le dernier épisode de la lutte entre « patriotes » et « papistes » avignonnais, et entre partisans et adversaires du rattachement des États pontificaux à la France.
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Le massacre de la Glacière demeure l’un des épisodes les plus violents de l’histoire révolutionnaire d’Avignon. Il clôt dans le sang l’affrontement local entre les partisans du rattachement à la France et les défenseurs de l’État pontifical.